Faire le tour du monde à vélo pour prêcher la paix entre les hommes, tel est le rêve qui se résout en réalité pour le globe-trotter marocain Yahia Elbrigui. Une balade des plus atypiques que cet originaire de Sidi Slimane tient à boucler à toute force. Portrait d’un féru de la petite reine.

Aspérités de routes, reliefs accidentés, climat pénible ou encore pannes mécaniques, rien ne semble rebuter Yahia qui en est déjà au 3ème mois de l’aventure. Rencontré par la MAP lors de son escale ivoirienne, il a restitué la genèse du projet et en a déroulé les motivations et le plan.

Le jeune coureur cycliste qui a pris le départ, le 22 décembre dernier de sa ville natale au Maroc, a jusque-là traversé la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, la Guinée Bissau, la Guinée, le Sierra Léone et le Liberia. L’idée est de longer la côte atlantique jusqu’à l’Afrique du Sud puis remonter par le littoral de l’Océan indien pour atteindre l’Egypte et accéder, via l’Arabie saoudite, au continent asiatique.

Pour cet ancien membre de l’équipe nationale de cyclisme, le message porté par ce projet en vaut la chandelle. Placé sous le thème « Vivre en commun pour la paix entre les peuples », son voyage se veut un haro à l’adresse de la communauté internationale sur la situation « chaotique » qui sévit dans plusieurs régions du monde.

« C’est ma manière modeste mais expressive de plaider pour la coexistence pacifique entre les peuples du monde entier, quelles qu’en soient l’appartenance, la religion ou la culture », a résumé Yahia, 26 ans, qui a déjà fait le tour du Maroc en 40 jours l’an dernier.

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La démarche svelte, le regard ingénu et le visage ceinturé d’une barbe clairsemée, Yahia est armé de sa volonté infrangible et d’une bécane de type VTC, adaptée à ce genre de randonnées dont la portée est poussée à l’extrême.

Imperturbable au guidon de son biclou, Yahia, titulaire de plusieurs diplômes en cyclisme, a confié avoir démissionné de deux fonctions pour se libérer à son long périple. Avant de plier bagage et sortir de sa « comfort zone », il était enseignant de 1er cycle et correspondant d’un média électronique de la région du Gharb.

De bagage justement. Une tente de camping, des cartouches de gaz, des pièces de rechange, des cartes géographiques et quelques effets vestimentaires, voilà tout ce, ou presque, dont il a besoin pour relier les deux bouts de la planète. Ce paquetage, lourd de 50 kg, n’est pas sans lui donner du fil à retordre, notamment lors des montées.

Concernant la durée et le cheminement du périple, Yahia prévoit 6 bonnes années de labeur lors desquelles il arpenterait, dans l’ordre, l’Afrique, l’Asie, l’Océanie, les Amériques avant de se rendre en Europe et boucler la boucle ensuite en traçant vers le Maroc. Loin d’être une sinécure pour cet épris du cyclisme qui détient le record mondial du plus long parcours non-stop avec 400 km.

Quant à sa nutrition, le coureur cycliste fait parfois ses petites emplettes sur la route mais, a-t-il souligné, la plupart du temps, il préfère goûter aux « délices à petit budget » de chaque pays. Très à cheval sur ses dépenses, Yahia a confié que ça lui arrive aussi de se nourrir des fruitiers qu’il trouve sur son chemin.

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A grande ambition, de petits moyens. Pour financer son tour du monde, Yahia ne compte que sur les « modestes » épargnes qu’il a pu faire durant des années en perspective de ce projet. « J’essaie autant que faire se peut de minimiser les dépenses. Ce qui est tellement dur au vu des imprévus qui surgissent inévitablement dans ce genre d’aventures », a-t-il dit.

Peu d’aide fait grand bien. Yahia a indiqué avoir été aidé par des ressortissants marocains qu’il a croisés sur la route ainsi que certains membres des représentations diplomatiques du Maroc dans les pays par lesquels il a transité. « J’ai eu la chance de rencontrer des compatriotes formidables qui n’ont pas hésité à prêter concours au projet que je porte et cela me motive énormément », a-t-il chevroté, visiblement sous l’émotion.

Premier grand à-coup du voyage. Lors de l’étape ivoirienne, Yahia a chopé un paludisme aigu qui a rallongé son séjour à Abidjan, sans pour autant le déconcerter.

« C’est vrai que ça m’a trop affaibli physiquement mais ce n’est qu’un avant-goût des contretemps qui m’attendent. A quelque chose malheur est bon (…) Je ne lâcherai pas prise », a-t-il assuré au moment de quitter Abidjan pour la frontière ghanéenne. Résolu et résigné, le jeune Marocain ne compte surtout pas … rétropédaler. Bon vent !

MAP-