Le Maroc a décidé de recourir à la chloroquine, un antipaludique bon marché, pour traiter les patients souffrant du nouveau coronavirus et s’est lancé dans la production de masques sanitaires.

Avec toute la célérité que requiert la situation, mais aussi avec le discernement qu’exige la préservation de la santé de ses citoyens, le Maroc n’a pas mis beaucoup de temps pour prendre une décision claire et souveraine sur l’utilisation de la chloroquine pour le traitement des malades du nouveau coronavirus (Covid-19).

Une circulaire du ministère marocain de la Santé, adressée lundi aux centres hospitaliers et aux directeurs régionaux de la Santé, appelle à « l’introduction de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine (deux antipaludéens) dans la prise en charge thérapeutique des cas confirmés de Covid-19 ».

Les hôpitaux marocains commenceront à utiliser les médicaments “chloroquine” et “hydroxychloroquine” pour traiter les personnes infectées par le coronavirus dans diverses régions du Royaume.

En effet, le ministre de la Santé, Khaled Aït Taleb, a officiellement autorisé lundi et après concertation avec le comité technique et scientifique du Programme national de prévention et de contrôle de la grippe et des infections respiratoires aiguës sévères au Royaume, l’utilisation par tous les hôpitaux du Maroc de la “chloroquine” et du “hydroxychloroquine” pour traiter les personnes infectées par le coronavirus,.

Il convient de rappeler que le chef du gouvernement, Saad Eddine El Otmani, a affirmé récemment sur son compte Twitter que tous les malades du Covid-19 seraient traités au Plaquenil à base de chloroquine et que le comité technique et scientifique du Programme national de prévention et de contrôle de la grippe et des infections respiratoires aiguës sévères, réuni vendredi, a lui aussi recommandé l’utilisation temporaire de la chloroquine et du sulfate d’hydroxychloroquine pour le traitement des personnes atteintes de coronavirus.

Le Royaume, qui a développé une stratégie bien propre à lui dans la gestion de cette crise sanitaire planétaire, s’est fié au jugement de ses spécialistes et scientifiques, qui se sont accordés sur la pertinence du recours à une substance ayant fait ses preuves notamment en Chine, premier épicentre de la pandémie au monde.

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Quelques jours ont suffi pour trancher au sein de la commission scientifique et technique, d’autant que la chloroquine n’est pas une substance étrangère aux spécialistes marocains, qui prescrivent, depuis des lustres, les médicaments qui la contiennent pour tous ceux se rendant en Afrique.

Par expérience, toutes les personnes ayant voyagé dans le contient, en plus d’être vacciné en fonction de leur destination, ont eu à avaler des comprimés à base de chloroquine avant, durant et après leur séjour. Généralement, ces médicaments sont sans conséquence pour celui qui les prend.

C’est ce que confirme d’ailleurs le professeur Abdelfattah Chakib, spécialiste des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd de Casablanca: “Comme les autres médicaments, il peut avoir des effets secondaires mineurs surtout quand il est pris pour une courte période comme les effets gastro-intestinaux”.

Catégorique sur l’efficacité de la chloroquine pour le traitement du Covid-19, le professeur Chakib, grand connaisseur des maladies virales, regrette même que “dans le passé, elle n’ait pas été très utilisée pour traiter beaucoup de virus”.

A l’origine du débat houleux sur le recours à la chloroquine, l’infectiologue anticonformiste Didier Raoult, longtemps décrié et même raillé chez lui, a eu, au final, gain de cause dans son pays, la France, après la publication, jeudi 26 mars 2020, au Journal Officiel d’un décret autorisant notamment la prescription de l’hydroxychloroquine aux malades du coronavirus.

Coronavirus: le Maroc mise sur la chloroquine 1
l’infectiologue Didier Raoult

La victoire du professeur Raoult, qui dirige l’institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille, conforte tous ceux qui ont cru en l’efficacité d’un médicament peu onéreux et donne espoir à des milliers de personnes infectées de pouvoir guérir, après que tous les laboratoires du monde ont échoué à inventer un traitement.

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Autre point positif à l’actif de la stratégie marocaine de la crise, c’est que les autorités sanitaires ne se sont pas posé trop de questions sur le comment de la chose, puisque la commission scientifique et technique du ministère de la Santé a décidé de prescrire la chloroquine pour tous les malades, pas seulement les cas graves

Par contre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne semble pas partager l’enthousiasme de certains pays pour l’utilisation de ce remède contre le coronavirus et reste, par ailleurs, sceptique quant à son efficacité en l’absence d’un avis de la communauté scientifique à ce propos.

En effet, l’OMS a condamné, lundi, sans la citer, son administration aux patients atteints de coronavirus avant que la communauté scientifique ne se soit accordée sur son efficacité, tout en mettant en garde contre ce qu’elle appelle «les faux espoirs» que cela pourrait susciter.

Faisant allusion aux études faites par le professeur Didier Raoult à Marseille, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, au cours d’une conférence de presse virtuelle depuis Genève, a mis en garde contre « des études réduites, réalisées à partir d’observations, et qui ne nous apporteront pas les réponses dont nous avons besoin».

En France, le débat fait rage entre les scientifiques à propos de l’efficacité de ce remède pour faire face à la propagation du coronavirus.
En effet, le professeur Didier Raoult, spécialiste des maladies infectieuses, directeur de l’IHU (Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection) de Marseille, continue à plaider pour le recours à la chloroquine.

Quand se dissipera inéluctablement la poussière du coronavirus, on se rendra compte, très probablement, que le Maroc a réussi à mettre au point une gestion intégrée exemplaire d’une crise complexe, multidimensionnelle et au coût très élevé.

MAP-