Alors que l’OMS a décidé de suspendre temporairement les essais cliniques avec l’hydroxychloroquine, le Maroc maintient son usage, révèle le quotidien L’Economiste dans son édition du mercredi 27 mai.

Le Maroc ne changera pas son protocole de traitement
Le Maroc qui a généralisé le traitement à la Chloroquine n’adhère pas aux conclusions de l’étude de la revue britannique «The Lancet» ni à la décision de l’OMS concernant la suspension «temporaire» des études menées avec l’hydroxychloroquine et la chloroquine. «Les avis divergent. Mais, l’essentiel est que la chloroquine intervient dans l’inactivation virale», confie à L’Economiste Khalid Aït Taleb. Selon les explications du ministre de la Santé, «le virus infecte l’hôte en s’introduisant dans la cellule en plusieurs étapes. Une des étapes est inhibée par la chloroquine». D’ailleurs, sur les 7.556 cas de Covid-19 recensés au Maroc (à date d’hier 26 mai 2020, à 10H), 4.841 sont guéris en suivant le protocole à la chloroquine. Les autres sont en cours de traitement. Pour rappel, vu les effets positifs sur les patients traités selon le protocole adopté par le comité scientifique, Khalid Aït Taleb avait acté, le 8 avril dernier, le «démarrage du traitement à la chloroquine et le contrôle de guérison chez les patients de Covid-19». Le ministre de tutelle avait ainsi autorisé ce traitement pour les cas possibles de Covid-19 symptomatiques, sans attendre les résultats de virologie, et tout en envisageant l’arrêt du traitement si le test s’avère négatif.

Covid-19: Malgré les polémiques, Le Maroc maintient son traitement à la chloroquine 1
Le ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb

Les avis divergent et le feuilleton continue
Le traitement du Covid-19 partage les scientifiques. D’un côté, il y a l’illustre professeur français, Didier Raoult, qui encourage le traitement à la chloroquine… De l’autre, des chercheurs réticents qui attendent humblement les résultats probants d’une étude clinique afin d’établir un lien formel de causalité. Et il n’en fallait pas plus qu’une publication du «Lancet» pour semer le doute et alimenter la polémique. En France, le ministre de la Santé a demandé à ce que les règles de prescription de ce traitement soient revues. La contre-attaque du célèbre infectiologue marseillais Pr Didier Raoult ne s’est pas faite attendre. «Je ne vais pas changer d’avis parce qu’il y a une étude foireuse faite avec les Big data qui raconte autre chose, quel que soit le journal dans lequel elle passe», affirme Didier Raoult, évoquant, encore, une «fantaisie complètement délirante». Même son de cloche auprès du Dr Mounir Mikou, médecin anesthésiste et réanimateur à Fès, pour qui «l’étude publiée dans la revue britannique montre que le feuilleton continue». «Seuls les fameux essais cliniques randomisés en double aveugle permettraient en effet d’établir un lien formel de causalité», ajoute Dr Mikou. Toutefois, selon lui, «le Maroc a bien raison de maintenir son protocole de traitement qui a prouvé son efficacité thérapeutique». «Comme plusieurs scientifiques, je veux crier mon ras-le-bol quant aux contre-vérités qui entourent cette maladie et cette multitude d’études qui nous mettent dans la confusion et engendrent un manque de confiance et de crédibilité», déplore-t-il.

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Implications de toutes les preuves disponibles
L’étude menée sur 96.000 personnes publiée par «The Lancet» évoque les implications de toutes les preuves disponibles. «Nous n’avons trouvé aucune preuve du bénéfice de l’hydroxychloroquine ou de la chloroquine lorsqu’ils sont utilisés seuls ou avec un macrolide. Les preuves antérieures provenaient soit de petites études anecdotiques, soit de petits essais randomisés non concluants. Notre étude a inclus un grand nombre de patients dans plusieurs régions géographiques et fournit les preuves les plus solides du monde réel à ce jour sur l’utilité de ces schémas thérapeutiques», souligne l’étude. Une conclusion «sérieusement» prise en compte par l’OMS décidant de suspendre temporairement «ses essais avec la chloroquine».