Abdeljebbar Louzir, l’un des pionniers du théâtre et de la comédie au Maroc, s’est éteint mercredi à Marrakech, à l’âge de 88 ans après une longue carrière marquée de succès dans divers styles artistiques.

« Abdeljabbar Louzir est décédé naturellement ce soir à l’âge de 88 ans dans sa maison au quartier Daoudiate de Marrakech », a indiqué le fils du défunt, M. Ahmed Louzir, dans une déclaration à la MAP.

« Le corps du défunt, qui a récemment souffert de problèmes de santé causés par le diabète, ce qui a rendu nécessaire son transfert à l’hôpital, sera inhumé demain au cimetière Bab Doukkala après la prière d’Ad-Dohr », a ajouté M. Louzir.

Natif de la cité ocre en 1932, Abdeljabbar Louzir est l’une des figures artistiques de premier plan qui ont marqué la scène artistique du Royaume en général et celle de Marrakech en particulier.

Amoureux du football, du théâtre et du Maroc; il jouait d’abord en tant que gardien de but pour le Kawkab Athletic Club de Marrakech avant de rejoindre la Troupe de théâtre « Al Atlas » en 1948 et de se lancer dans le militantisme politique.

Très vite, il se lie d’une grande amitié avec le talentueux Mohamed Belkass. Ils jouent en 1951 la pièce « El Fatmi et Daouia » qui leur permettra à tous les deux d’enchanter davantage le cœur du public marocain.

Ce public aime Abdeljebbar Louzir pour son talent mais aussi pour son patriotisme et l’amour qu’il a pour son pays. Au début des années 1950, il lutte contre la colonisation mais est emprisonné puis condamné à la peine capitale en 1954 pour résistance. Il est libéré au retour d’exil du Roi Mohamed V en Novembre 1955. La prison l’a marqué mais lui a permis de sortir de l’analphabétisme grâce à ses compagnons de cellule.

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En 1960, il retrouve rapidement les planches et crée la Troupe « Al Wafae Al Marrakchia » avec Mohamed Belkass, Abdelhadi Lyitime, Abdeslam Chraïbi, Mehdi Azerdi et Mohamed Sebti. C’est une troupe hilarante, fusion de « Al Halqa » et du théâtre qui leur vaut un énorme succès notamment avec la pièce « El Harraz » que Louzir aime particulièrement jouer.

Tous les samedis, il passe à la radio dans l’émission « Li chabab faqat » qui lui permettra également de promouvoir sa tournée dans tout le Maroc avec quelques pièces dont « Zouaj bla idn » (« Mariage sans autorisation ») avec son compagnon de toujours.

Dès l’entrée de la télévision dans le pays, la Troupe est rapidement appelée à tourner des sketchs, des séries et des émissions comme « Doukkane al alhane » (« Echoppe musicale »).

Si les années 1960 et 1970 ont été glorieuses, la Théâtre marocain perd de son importance dans les années 1980. Louzir et la troupe continuent à monter sur scène. Il se bat avec beaucoup d’amour et d’acharnement pour redonner vie à cet art qu’il veut convaincant, généreux et populaire.

Populaire, c’est ainsi que le public marocain décrit Abdeljebbar Louzir. Il raconte qu’une fois « pour jouer à Z’hiliga, il nous a fallu éclairer la scène avec des lanternes pour que le public puisse nous voir. Quelques spectateurs étaient assis par terre, d’autres ont suivi la pièce, assis sur le dos de leurs ânes…mais on s’en foutait. Tout le monde était là pour s’amuser, le public comme les acteurs ». (Propos recueillis par C. Bensalima).

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Petit à petit, les membres de la troupe disparaissent et laissent Louzir dans la crainte d’un théâtre en régression. Après 50 ans d’amitié avec Belkass, c’est une aventure qui se termine et il est tenté d’abandonner.

Cet homme en « jellaba » et « tarbouch », à la barbe bien taillée, au sourire enfantin et aux expressions tordantes – reste dans le cœur de son public. Il continue alors à jouer dans plusieurs films et séries télévisées et à monter sur les planches. On le retrouve dans de nombreux films comme « Il neige à Marrakech » de Hicham Al Hayaten (2006) puis dans des sitcoms pendant le mois de Ramadan. En 2009 la série « Dar Louarata » a eu un grand succès grâce au jeu d’acteur de Louzir.

A la fin des années 2000, une troupe de jeunes « Warchat al ibdaa » lui propose de remonter sur scène pour jouer « Soltane Tolba » un conte populaire qui date du XVIIe siècle, il accepte volontiers pour le Théâtre national.

En 2013, un bel hommage lui est rendu lors de la Journée Internationale des Droits d’Auteur à Salé.

Avec plus de 75 pièces à son actif, c’est sa mémoire infaillible, son talent inné, son sens de l’autodérision et son accent qui marquent l’histoire du Théâtre marocain. Un réel « behjaoui » comme on l’appelle débordant d’humour et de finesse.