Figure de proue de l’art de la « Taktouka Al Jabalia », Chama Zaz est décédée ce lundi à l’âge de 70 ans, des suites d’une longue maladie.

L’artiste, qui a rendu l’âme à l’hôpital provincial de Taounate, était l’un des symboles de cet art populaire des montagnes du nord.

Surnommée ‘’la dame de l’art d’Aayoua », la défunte a côtoyé dans la majeure partie de sa carrière le maitre incontesté de la Aita Al Jabalia, Mohamed Laarousi. Une des spécificités de son art est que beaucoup de personne se reconnaissent dans les vers de la poésie chantée ou des chansons. Zaz incarnait cette culture berbère traversée par des remuements où s’opposent les forces de la tradition et celles du changement.

Elle s’est produite sur de nombreuses scènes à l’échelle internationale, et reste, pour les mélomanes, celle qui a donné, avec d’autres artistes, une large audience à la chanson amazighe moderne à l’étranger.

La chanteuse Chama Zaz tire sa révérence 1

Chama Zaz, icône de la musique amazighe

Figure de proue de l’art de la “Taktouka Al Jabalia”, la chanteuse Chama Zaz, à la fois célèbre et inconnue, force l’admiration par son style artistique origional et sa fibre patriotique. L’artiste populaire au fameux mandil rayé et au chapeau de paille multicolore était depuis sa tendre jeunesse passionnée par le chant, une passion qui coule dans ses veines.

La dame toujours authentique n’est ni perchée sur des talons hauts ni habillée par les hautes couturières mais son élégance naturelle fait mouche sur scène.

Animée d’un patriotisme sans faille, Chama Zaz a été parmi les premières femmes de la province de Taounate à participer à la Marche Verte, laissant dernière elle ces deux enfants, dont l’un était âgé à peine d’une année.

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“Lors de ce glorieux événement à Tarfaya exactement, j’encadre les femmes volontaires de la région et durant la nuit j’anime des activités de divertissement à leur profit”, se remémore-t-elle.

“C’est là que j’ai eu le déclic musical” se souvient-elle avec fierté.

“Ma participation à la Marche verte est le plus cher souvenir de ma vie”, se réjouit l’artiste qui a bravé les convenances familiales et intégré le groupe de feu Mohamed Laâroussi dès son retour de la Marche Verte.

Issue d’un milieu très modeste du Douar Rouf perché au sommet de la montagne à Taounate, veuve à l’âge de 17 ans, audacieuse, persévérante, inlassable et rebelle, Chama Zaz est tout cela à la fois.

La chanteuse, elle aussi, à la fibre patriotique innée, a su imposer son style artistique originel à travers des textes bien engagés et une musique traditionnelle chantée avec magnificence, et continue de faire des apparitions publiques éblouissantes.

Pour Mohammed El Abbadi, chercheur à la faculté des lettres et des sciences humaines de Fès-Saiss, Chama Zaz est “un monument artistique de l’art de +Taktouka Al Jabalia+ ayant une voix sublime et raisonnante”, rappelant que “cette artiste montagneuse créative a participé et chanté à la Marche Verte il y a de cela 38 ans”.

Selon lui, l’artiste a pris part à des festivals internationaux en Turquie et en Azerbaïdjan et au Maroc, dont Tanger, Tétouan, Chefchouen et Taounate et a su s’imposer dans un monde rural musical réservé à l’époque purement à la gent masculine au niveau de la province de Taounate, véritable vivier de talents artistiques à valoriser.

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Chama Zaz a à son actif plus de 50 chansons qu’elle a improvisées et produites elle-même, a tenu à préciser le chercheur. La question de la piraterie de ses œuvres artistiques était un handicap sérieux à sa célébrité et sa notoriété, estime-il, déplorant que ses chansons soient commercialisées depuis 1975 sous d’autres noms.