Le gouvernement fédéral nigérian s’apprête à construire le gazoduc reliant le Nigeria et le Maroc, a annoncé Yusuf Usman, Directeur Général de la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC).

L’Exécutif nigérian a mis au point les plans de concrétisation de ce projet d’envergure, a précisé M. Usman dans une interview au quotidien « Nigerian News Direct ».

Il a rappelé que la réalisation de ce grand projet a été concrétisée avec la signature d’un accord entre le Maroc et le Nigeria, lors d’une cérémonie sous la présidence du Roi Mohammed VI et du Président nigérian Muhammadu Buhari.

Ce grand projet empruntera le tracé du gazoduc ouest-africain et bénéficiera à plusieurs pays du continent, a noté M. Usman.

Certains de ces pays disposent de gisements de gaz dont la production sera injectée dans le pipeline, tandis que les autres pays non producteurs de gaz en tireront profit à des fins de développement, a-t-il expliqué.

« S’ils ne peuvent pas payer le gaz, ils peuvent obtenir de l’électricité », a-t-il suggéré.

Il s’agit d’une nouvelle vision du développement qui est nécessaire pour l’Afrique, a souligné le responsable nigérian.

Interrogé sur le calendrier de réalisation du gazoduc, il a précisé que l‘étude de faisabilité est achevée et la décision finale de financement est en cours de validation. Le Nigeria lancera dans la foulée le plan directeur de la décennie du gaz pour consolider la viabilité de ce grand projet, a-t-il ajouté.

Lancé en 2016 à Abuja, ce projet d’envergure reliera les ressources gazières du Nigeria, celles de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et le Maroc et favorisera ainsi l’intégration économique régionale.

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La stratégie des acteurs impliqués

Le gazoduc Maroc-Nigéria devrait mesurer environ 5 660 kilomètres de long. Il longerait la côte Ouest Africaine en traversant ainsi 14 pays : Nigéria, Bénin, Togo, Ghana, Côte d’Ivoire, Liberia, Sierra Leone, les trois Guinée, la Gambie, le Sénégal, la Mauritanie et le Maroc. Le prix est estimé pour l’instant entre 20 et 25 milliards de dollars.

Ce projet a été annoncé en Décembre 2016, lors de la visite d’État du souverain marocain au Nigéria. En Mai 2017, des accords de coopération ont été signés à Rabat pour engager les deux parties à parrainer une étude de faisabilité (terminée en Juillet 2018) ainsi qu’une pré-étude des détails (FEED) rendue au premier trimestre 2019. En Juin 2018, des accords relatifs à sa construction sont signés à Rabat.

Dans la phase de pré-études, il s’agit pour les États traversés et la CEDEAO de signer des accords relatifs à sa construction mais aussi de valider les volumes de gaz disponibles pour l’Europe et d’entamer les discussions avec les opérateurs du champ « Tortue » (ressources gazières) au large du Sénégal et de la Mauritanie (ces deux pays ont signé un accord en Décembre 2018 afin d’exploiter en commun le champ gazier Tortue-Ahmeyim) et approcher des clients européens.

Le projet de gazoduc Maroc-Nigéria (ralliant le Nigéria au Maroc en traversant 14 pays) pourrait devenir une référence de relation Sud-Sud, tant au niveau économique que politique.

Il permettrait de connecter les ressources gazières nigérianes aux pays de l’Afrique de l’Ouest et au Maroc pour desservir l’Europe par la suite. Il existe déjà deux gazoducs dans la zone Afrique du Nord-Ouest, le « West African Gas Pipeline », qui relie le Nigéria au Ghana, en passant par le Bénin et le Togo, et le gazoduc Maghreb-Europe (également nommé « Pedro Duran Farell ») qui relie l’Algérie à l’Europe via l’Espagne (Cordoue) en passant par le Détroit de Gibraltar et le Maroc.

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Le projet de gazoduc Maroc-Nigéria devrait donc relier le West Africain Gas Pipeline. Ce projet s’inscrit également dans la diplomatie ouest-africaine puisqu’il impliquerait la plupart des pays membres de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest).

Avec-MAP