Le Centre marocain « Al Hasaniya », basé à Londres, vient de publier un ouvrage intitulé « Briser la violence silencieuse », un recueil de témoignages de femmes victimes de violences généralement conjugales.

Dans une interview à « BM Magazine », la co-fondatrice du Centre et membre du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), Souad Talsi, a expliqué que ce livre est « basé sur les histoires vraies de femmes qui ont subi la violence en silence », surtout que le Centre a reçu plus de 5.477 appels au cours de la première année de la pandémie et traité plus de 500 cas réels de violence domestique.

Selon elle, il s’agit d’un témoignage en direction de millions de femmes victimes de violence à travers le monde et qui continuent à vivre dans le silence, souvent sans aucun moyen d’obtenir de l’aide.

Cela est d’autant plus crucial que, selon les Nations Unies, plus de 243 millions de femmes ont subi des violences au cours de la dernière année de la pandémie, a ajouté la militante associative auprès des femmes marocaines en Grande-Bretagne.

D’après Mme Talsi, la violence domestique et conjugale est une caractéristique importante du travail du Centre et la recommandation de ses bailleurs de fonds est de soutenir pas moins de 143 cas par an.

Au cours des trois premiers mois de la pandémie, « nous avons prédit que les chiffres augmenteraient, mais nous ne nous attendions pas à ce qu’ils soient aussi élevés. De mars à juillet 2020, nous avons traité plus de 234 cas à eux seuls, dépassant toutes les prévisions », a-t-elle ajouté.

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« Il faut réellement tirer la sonnette d’alarme, surtout que les femmes issues de minorités ethniques n’ont pas les mêmes attentes culturelles lorsqu’elles subissent des abus et continuent de souffrir en silence », a insisté Mme Talsi.

Elle a, par ailleurs, fait savoir que le centre des femmes marocaines « Al Hasaniya » a été créé en 1985 pour aider les femmes migrantes marocaines. Il est, depuis, devenu un centre avec plus de 20 membres permanents au service à la fois de la communauté marocaine et des femmes arabophones.

Concernant les principaux cas soulevés par le Centre, Mme Talsi a précisé qu’il s’agit d’abord de la vieillesse et de l’isolement. Pour cette catégorie, le Centre propose des activités sociales, un club de déjeuner et un plaidoyer en guise de soutien, en veillant à leur assurer une prise en charge.

Une autre catégorie est composée de sexagénaires qui ont subi tous types de violences au cours de leur existence et ont résisté pour rester avec leurs enfants et les élever.

Le Centre a, par ailleurs, noté l’arrivée d’un nouveau type de femmes depuis le début de la pandémie, venant principalement d’Espagne et d’Italie. Des familles, a-t-elle expliqué, ont besoin d’aide pour scolariser leurs enfants, les inscrire à la sécurité sociale, se loger, trouver un emploi et généralement apprendre à se frayer un chemin dans le système de vie britannique. « Nous essayons là aussi de leur apporter notre assistance », a-t-elle dit.

Le Centre « Al Hasaniya » a ensuite fait état d’une nouvelle vague d’immigration du Maroc vers l’Angleterre. « Ce sont des femmes qui, à 90%, rencontrent leurs partenaires sur les réseaux sociaux et se marient avec eux. Beaucoup d’entre elles subissent des violences conjugales lorsqu’elles vivent avec leurs maris en Angleterre. Le processus de réintégration prend entre 12 et 18 mois avant qu’une victime ne puisse vivre de manière indépendante », selon Mme Talsi.

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« Vu que notre cible est celle des femmes marocaines en particulier, nous estimons que le gouvernement marocain a un devoir de diligence pour soutenir notre travail et le reconnaître », a-t-elle plaidé en conclusion.

Avec-MAP-