Le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) réagit face aux scandales sexuels dans les universités marocaines, appelés «Sexe contre bonnes notes» et émet une série de recommandations pour que ces faits ne restent plus impunis.

La présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), Amina Bouayach, a tenu une réunion avec les présidents des comités régionaux des droits de l’Homme et la présidente du comité permanent chargé de la parité et la non-discrimination au sujet des affaires de chantage dans les établissements d’enseignement connues sous le nom du « sexe contre des bonnes notes ».

Le 28 décembre, à Oujda (nord-est), des dizaines d’étudiants ont manifesté pour protester contre le harcèlement sexuel qu’aurait infligé un enseignant à plusieurs élèves de l’Ecole nationale de commerce et de gestion (ENCG), de l’université Mohammed-Ier. Des captures d’écran de conversations avaient été publiées la veille sur les réseaux sociaux : il y était question de « séance de fellation » contre la validation du semestre. Un échange avec une autre étudiante a également circulé, ainsi qu’une lettre anonyme d’une jeune femme affirmant avoir été contrainte de quitter l’école à force de subir les pressions du professeur.

Bien qu’aucune plainte n’ait pour l’heure été déposée, ces accusations ont été prises au sérieux par le ministère de l’enseignement supérieur, qui a dépêché une commission d’enquête. L’enseignant a été suspendu, deux responsables de l’ENCG ont été relevés de leurs fonctions et le directeur a été poussé à la démission. « Le concerné sera bientôt entendu par le conseil disciplinaire », indique la présidence de l’université, précisant qu’« un numéro vert et une cellule d’écoute au profit des étudiantes plaignantes » ont été mis en place.

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Le CNDH a estimé que les campagnes de diffamation et de harcèlement contre les étudiantes ayant dénoncé ces faits constituent une violation grave des droits de l’Homme, appelant à protéger les victimes et les témoins, ainsi qu’à prendre en charge les victimes sur les plans judiciaire, médical et psychologique.

Le Conseil a, en outre, pointé du doigt la négligence des plaintes par les administrations des établissements concernés et l’hétérogénéité des procédures annoncées par ces établissements, regrettant l’absence de structures adaptées pour la prise en charge de ce genre d’affaires au sein desdits établissements.

Le Conseil a rappelé que le rôle des médias est d’informer sur ces sujets et non de diffamer les victimes, relevant l’importance de diligenter des enquêtes par le ministère public, en plus des mesures administratives engagées par le département de tutelle.

Saluant l’initiative des victimes qui ont dénoncé ces faits, le CNDH a insisté sur la nécessité d’accompagner cette dynamique par des mesures visant à dépasser les effets néfastes sur les établissements concernés et à rétablir la confiance.

Le Conseil a invité le ministère de tutelle à généraliser le protocole de Marrakech pour la protection des étudiantes contre la violence et le harcèlement, à créer un mécanisme de dénonciation et à prendre en charge les victimes.

Le CNDH a fait part de la décision d’organiser, dans le cadre des conventions avec les universités et ses commissions régionales, des tables rondes sur les cas de violence, de harcèlement et de chantage sexuel, ainsi que sur les moyens de protéger les victimes et les dénonciateurs.

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Des équipes des commissions régionales des droits de l’Homme avaient procédé à l’écoute d’étudiantes victimes à Settat et Oujda et tenu des réunions avec des associations d’étudiants et des enseignants, en plus du suivi de cas similaires dans d’autres villes.